Tout au long de ce premier trimestre, en Littérature et société, nous avons étudié Péyi an nou (comprenez « notre pays »).

Dans ce roman graphique, Jessica Oublié et Marie-Ange Rousseau expliquent ce qui est arrivé à plus de 160 000 Guadeloupéens, Guyanais, Martiniquais et Réunionnais entre 1963 et 1981. Pour soutenir la relance de l’économie, l’État avait créé le Bumidom (bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer), qui a organisé leur déplacement vers la métropole où l’on manquait de main-d’œuvre. Si d’aucuns l’ont vécu comme une opportunité, beaucoup d’autres se sont sentis exilés car, considérés comme des immigrés et souvent victimes de racisme, ils n’ont pas eu accès à des emplois valorisants ni à un niveau de vie décent.

Et justement, mettre des mots sur une expérience, réelle ou fictive, de déracinement et/ou d’altérité, c’est le sujet qu’ont traité les secondes lors d’un atelier d’écriture : « J’ai déjà vécu dans un pays lointain… » ou « Je connais quelqu’un venu de ou parti très loin… » (meilleurs textes, très touchants, ci-joints).

La veille de la Fête de la BD, la scénariste Jessica Oublié a raconté aux lycéens son travail de réflexion et d’investigation qui a duré près d’un an et demi. On devait tous apporter un objet personnel qui nous évoque la nostalgie d’un lieu ; nous n’avons pas parlé de territoire seulement géographique, mais surtout de relations affectives à des êtres chers. Sans doute s’agit-il de cela, le pays en, à l’intérieur de nous

Le lendemain, à Audincourt, nous avons visité l’exposition Mémwa (« mémoire »), rencontré des Antillais dont la famille était venue s’installer dans la région à l’époque, et les auteurs nous ont offert de magnifiques portraits dédicacés. Nous les en remercions chaleureusement, d’autant que Jessica Oublié avait aussi mené des recherches au Musée de l’histoire de l’immigration afin de nous conseiller des BD sur les flux migratoires depuis divers pays (à retrouver au CDI du site Viette en janvier).

Alors que les politiciens, les historiens et les anthropologues s’interrogent sur la question, cet album d’ailleurs honoré par France Culture nous a confortés dans l’idée que ces parcours méconnus et ces cultures plurielles, outre nos valeurs communes, enrichissent la société française.

 

N. Perriand (professeur de lettres modernes) et C. Bruyère (professeur documentaliste)

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